Chaumont, la ville malade
a besoin de son hôpital !
La panne économique de la ville préfecture…
Les données de l’INSEE n’ont fait qu’enfoncer le clou. On sentait bien depuis quelques années que la situation, au lieu de se redresser, empirait.
A Chaumont, où l’emploi industriel n’a jamais été abondant, la délocalisation de Capdevielle avait semé son lot d’inquiétudes. Et puis, tout récemment, comme s’il s’agissait de tourner le couteau dans la plaie, la fermeture de Monoprix, la « restructuration » du centre de tri.
Chaumont est bel et bien malade.
Certains objecteront que Saint-Dizier a davantage perdu de population ces dernières années, à tel point qu’au niveau démographique les deux villes se sont presque rejointes.
Mais ce qui aggrave, et rend singulière, la situation de Chaumont, c’est l’absence de perspectives.
…menace l’unité du département
Notre Haute-Marne, aujourd’hui se déchire. Comme si l’histoire et la géographie, qui n’ont pas donné d’unité à ce département, reprenaient leur droit sur des limites administratives qui ont été artificiellement fixées à la révolution.
Les trois arrondissements prennent aujourd’hui leur autonomie et voient l’avenir sous des angles différents.
Au Nord, Saint-Dizier forme déjà avec Vitry-le-François et Bar-le-Duc le fameux « triangle » qui, à lui seul, a un poids économique et démographique supérieur à celui de la Haute-Marne ! Et puis, il faut savoir le reconnaître, le Nord du département n’a jamais regardé au Sud, se montrant plutôt attiré vers le dynamique et solide ensemble Marnais.
Au Sud, du coté de Langres, la situation n’est pas mirobolante. Mais, si on peut dire « on a l’habitude » et la structure rurale ne conserve de beaux restes.
Mais surtout, ce qui a changé, c’est l’attractivité et le rayonnement de Dijon, qui se développe à présent vers le Nord. Pour les sud-haut-marnais, Dijon représente un bassin d’emploi et d’activité économique et sociale très attirant et peu éloigné, d’autant que l’autoroute a comprimé les distances.
Inversement, pour les Dijonnais, le sud-haut-marnais est un espace de qualité pour le logement, les loisirs, voire pour certaines délocalisations.
Ce modèle de développement n’est probablement pas optimal, mais il s’impose actuellement dans bien des endroits, favorisé par le développement des moyens de transports. Ainsi, les Parisiens résident à l’Est et travaillent à l’Ouest.
Et puis, historiquement, Langres fut plus souvent rattaché à la Bourgogne qu’à la Champagne.
Au Centre, Chaumont ne bénéficie pas d’une telle dynamique. L’axe Troyes-Bar-sur-Aube, Chaumont ne fait pas émerger de cohérence particulière, sauf celle, de présenter des espaces de dégagement successifs de la région parisienne. Ce n’est pas un moteur économique suffisant.
Par le passé, la ville a dû son essor à son rôle de capitale départementale. L’emploi, direct et indirect, est resté lié aux services publics. Mais ceux-ci maigrissent d’année en année. On a mangé le lard depuis longtemps, on commence à gratter l’os !
Sauver Chaumont c’est d’abord préserver son hôpital
Quel avenir pour la ville préfecture ?
On peut rêver du transfert d’une administration parisienne, à l’exemple du service des visas du ministère des Affaires Etrangères, qui déplaça plusieurs milliers d’emplois à Nantes dans les années 1980.
La piste mérite d’être étudiée, et je m’y emploierais.
En attendant, il faut éviter de démanteler ce qui fonctionne encore. C’est le cas de l’hôpital de la ville, un des plus gros pourvoyeurs d’emplois directs et indirects.
Le sortir de la ville, ce serait… tirer sur une ambulance !
Le rapprocher de Langres, ce serait accélérer le mouvement de déchirure évoqué ci-dessus.
Cette affaire d’hôpital est bien un problème vital pour Chaumont. Les élus de la ville n’ont pas d’autre choix que de s’y accrocher bec et ongles. En même temps, un département qui a tant à faire pour sa survie ne peut pas se payer le luxe d’un débat fratricide Langres-Chaumont.
Ce problème de site est d’ailleurs un faux problème. Les données de l’Agence Régionale d’Hospitalisation sont sans ambiguïté : le sud du département souffre d’une insuffisance de l’offre de soin, consomme davantage de services hospitaliers qu’il n’en consomme. Au lieu d’une mutualisation des sites, c’est plutôt un accroissement de leur capacité qui semble nécessaire. Le maintien de l’hôpital à Chaumont ne doit donc en rien condamner celui de Langres !
Alors, parlons vrai avant qu’il ne soit trop tard, avant de commettre l’erreur fatale. Si l’attractivité du territoire pour les professions médicales de haut niveau est la raison première de ce projet de site commun, c’est que quelque chose ne fonctionne plus dans notre république. Le service public hospitalier, comme les autres services publics, doit être continu, dans le temps et dans l’espace. Devra-t-on aussi « mutualiser » les gendarmeries et les implanter uniquement à la sortie des autoroutes si, d’aventure, les militaires se mettent eux aussi à snober notre territoire ?
Christian Després
Le 20 janvier 2007
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