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Contribution relative à la concertation relative à la RN 19 

Transmise au maître d'ouvrage le 28 juin 2007
  


           
Le projet, présenté au cours de la concertation, qui vise à la réalisation d’un autoroute à péage à l’horizon 2018 n’est pas adapté aux besoins.

            Un projet moins ambitieux, prenant en compte au plus près les besoins des habitants et usagers et davantage respectueux de l’environnement et des deniers publics, constitue une formule alternative qui pourrait être avantageusement mise en œuvre dans des délais rapprochés.


 
 
Etat des lieux
 

            La RN19, entre Langres et Vesoul est une route « d’un autre âge ».

  • Son important trafic poids lourd préjudicie gravement à la sécurité et la qualité de vie des communes qu’elle traverse.
  • Son profil en long, sinueux, altère les conditions générales de sécurité (manque de visibilité, virages dangereux, parties encaissées propices au verglas) ; ainsi certains tronçons sont limités à 70 km/h.
  • Elle comporte de nombreuses intersections, à niveau, fortement accidentogènes (cas type du carrefour avec la RD 26 à Chaudenay).
 

Son trafic est peu élevé, environ 5000 véhicule par jour actuellement, pouvant s’accroître à 8000 véhicules par jour à l’horizon 2025.

Il est caractérisé par une proportion importante de poids lourds : 30% contre 12% en moyenne nationale.

 

            Cette route n’a bénéficié d’aucune amélioration de structure au cours des dernières décennies. Seul son entretien a été effectué de manière normale par son gestionnaire, l’Etat.


 
  
Les insuffisances rédhibitoires du projet autoroutier

 
1)      Un choix par défaut dicté uniquement par des considérations budgétaires 

Le projet d’une concession autoroutière répond à la préoccupation de financer le projet. L’Etat ayant insuffisamment investi au cours des décennies sur cet itinéraire, se trouve aujourd’hui contraint de remédier brutalement à son retard de modernisation.

L’insuffisance des crédits publics a conduit à échafauder, de concert avec les parlementaires locaux, un partenariat public privé, au sein duquel des investisseurs privés participeraient au financement.

Une telle solution peut se révéler avantageuse dans certaines situations, comme la construction de ponts et de tunnels, particulièrement onéreuses, et qui rendent des services appréciables aux particuliers. Lesquels acceptent alors facilement le principe du péage.

Ce n’est pas le cas en ce qui concerne la RN 19. La réalisation d’un autoroute impose en effet à de soumettre à un cahier des charges contraignant, qui accroît inutilement le coût du projet. L’amortissement de ce coût sera naturellement répercuté dans le prix du péage, qui sera d’autant plus élevé que le trafic escompté sur cet itinéraire est faible. A tel point qu’il est prévu que l’Etat intervienne à la fois pour cofinancer l’investissement et pour équilibrer le budget d’exploitation.

L’usager – contribuable aura ainsi la sensation de passer deux fois « à la caisse ». Dans ces conditions, il est à redouter qu’il n’adhère pas au principe du péage et préfère se rabattre sur l’itinéraire traditionnel, moins confortable mais gratuit, dans un contexte où l’accroissement du coût des déplacements pèse lourdement sur les budgets familiaux.

Son amertume risque par ailleurs de redoubler, quand, au passage de Vesoul, il prendra conscience que les Francs-Comtois bénéficient dans le prolongement vers l’Est d’une liaison par voie rapide gratuite !


 
  2)      Un projet en décalage avec la recherche de complémentarités rail-route 

Le fort taux de poids lourds sur la RN 19 doit pousser à chercher une solution conforme aux principes du développement durable. Le ferroutage pourrait être une solution adaptée, d’autant que la région est dotée d’un important pôle ferroviaire (Chalindrey) qui ne demande qu’à regagner en activité.

Or, le projet proposé ne propose aucune avancée en ce sens. C’est d’autant plus regrettable qu’il aurait pu contribuer à donner corps au projet innovant de « port sec » développé par la communauté de communes du pays de Chalindrey (CCPC).


 
  3)      Un report incertain du trafic de la RN 19 

On a déjà dit que le principe du péage risque d’être mal accepté par les usagers locaux.

Pour les poids lourds, on observe déjà sur d’autres itinéraires que le coût des péages autoroutiers est un élément qui grève la compétitivité, dans un secteur qui est aujourd’hui fortement concurrentiel.

Aussi, beaucoup d’entreprises trouvent avantageux de faire subir à leurs chauffeurs l’inconfort d’un itinéraire classique plutôt que d’emprunter un autoroute payant. La logique commerciale les rend indifférentes au préjudice subi par les habitants des communes traversées.

Aussi, on peut pronostiquer que le report du trafic poids lourd de la RN 19 ne sera pas à la hauteur des espoirs, et les communes traversées par la RN 19 continueront d'être défigurées par le passage des camions.


 
  4)      Une diminution improbable de l’accidentologie. Le mythe intenable d’une RN 19 « apaisée » 

Dans l’idéal, la RN 19 verrait son important trafic de transit reporté vers l’autoroute et les usagers de la futur RN 19 bénéficieraient d’une liaison assainie, autorisant une conduite « apaisée ».

Dans les faits, ce report n’aura pas lieu, comme on vient de le voir.

Mais plus grave, en ce qui concerne les comportements des conducteurs, on observe, depuis la mise en place des radars automatiques, que les plus incivils d’entre eux s’efforcent d’éviter les autoroutes, où la présence policière est importante et efficace, pour se rabattre sur les itinéraires secondaires.

C’est plutôt une conduite « débridée » qui risque alors de se développer sur la RN 19 !


 
  5)      Des atteintes injustifiées à l’environnement

La  création de l’autoroute va imposer de réserver une nouvelle emprise et donc de faire apparaître une nouvelle cicatrice dans nos paysages. Les acquisitions foncières à réaliser vont entraîner des expropriations, mettre à mal le fonctionnement de certaines exploitations agricoles et engendrer des coûts supplémentaires.

Ce préjudice serait acceptable si le projet était justifié. L’existence d’un projet alternatif (décrit plus bas) davantage respectueux de l’environnement font apparaître comme injustifiées ces atteintes à l’environnement et aux paysages Haut-Marnais.


 
  6)      Que deviendront les projets d’amélioration de la RN 19 ?

On se rend compte que le projet autoroutier, de par son aspect onéreux, aurait pour effet d’absorber durablement des moyens d’investissement de l’Etat et des collectivités locales.

On peut alors s’inquiéter des projets importants d’amélioration de la sécurité routière de la RN 19, en attente depuis plusieurs années, pour lesquels les perspectives budgétaires vont encore se détériorer.

C’est le cas de certaines intersections dangereuses, comme celle avec la RD 26 à Chaudenay, cause de plusieurs accidents mortels, et qui devrait être dénivelée.



 
  Au total, ce projet apparaît :

·         
surdimensionné par rapport aux besoins,
·          donc inutilement coûteux,
·          mal pensé en matière d'aménagement (négation du ferroutage),
·          préjudiciable à l'environnement,
·          impropre à rendre les services attendus (pas de report du trafic poids lourd notamment, pas d'intérêt pour les déplacements locaux, amélioration improbable de la sécurité routière),
·          illégitime en ce qui concerne le péage; les Hauts-marnais seront doublement appelés à contribuer (impôts et péage) après avoir longtemps subit une route délaissée par l'Etat; de leur coté les Francs-comtois auront la chance de bénéficier d'une voie rapide graduite... 

Pour toutes ces raisons, nous proposons le projet alternatif décrit dans ce qui suit.
  



Le projet alternatif
  

            Il se contente de rénover la RN 19 pour en faire un itinéraire conforme à ce qu'on est en droit d'attendre d'une route nationale, en matière de sécurité routière et d'efficacité des transports.

 

            Son contenu serait le suivant :

  • lancement sans délai des déviations de Fayl-Billot, Cintrey, Combeaufontaine et Port-sur-Saône;
  • mise en sécurité de certaines intersections dangereuses (comme celle avec la RD 26 qui devrait être dénivelée);
  • reprises de certains virages dangereux avec un plus grand rayon de courbure (notamment à l'ouest de Fayl-Billot);
  • réalisation de tronçons de dépassement à quatre voies.
 

            Ces travaux de rénovation réutiliseraient l'emprise existante. Il ne serait procédé à des acquisitions foncières que de manière exceptionnelle (reprise des virages et élargissements).

 

            Ces travaux seraient financés, en les phasant, au niveau des engagements budgétaires que l'Etat et les collectivités locales ont prévu de consacrer au projet autoroutier.

            Des compléments pourraient être apportés au titre des retards d'investissement accumulés au cours des dernières décennies.

 

            La RN 19 demeurerait une route national. Elle ne serait donc pas transférée aux conseils généraux de la Haute-Marne et de la Haute-Saône.


 
   
Complément
  

            La réalisation du projet, à moindre coût, permettrait de le compléter d'une desserte de la zone industrielle et du « port sec » de Chalindrey.

            Cela permettrait de donner un nouvel essor à ce territoire dont l'avantage concurrentiel est de disposer d'un noeud ferroviaire important, ainsi que d'une voie d'eau stratégique (canal de la marne à la Saône).

            Le concept d'intermodalité prendrait tout son sens dans la réalisation de ces infrastructures : prometteuses en terme d'aménagement et modestes sur le plan budgétaire.

 

            Ce complément de projet s'articulerait comme suit :

 
  • la RD 26 serait dédoublée à l'entrée Est de Torcenay avec la création d'une branche nouvelle qui serait parallèle à la ligne de chemin de fer, au Sud;
  • cela permettrait de dévier le trafic de transit de Torcenay et d'améliorer la sécurité routière (long tronçon rectiligne propice aux excès de vitesse);
  • cela permettait également de fournir un itinéraire de substitution à la liaison entre Chalindrey-Culmont et Torcenay qui est fortement contrainte par le point critique constitué par le tunnel sous la voie ferrée, près de la gare de Culmont-Chalindrey,
  • cette branche déssevirait le « port sec » et la zone industrielle de Chalindrey;
  • elle rejoindrait ensuite, toujours en suivant la ligne ferroviaire Chalindrey-Dijon, la RD 67 au sud de Percey le Pautel;
  • elle permettrait au final de rejoindre l'autoroute A31, en son embranchement de Langres Sud en empruntant la RD 67, la RN 74 puis la RD 426. Ces différentes voies sont d'ores et déjà en état d'accueillir ce type de trafic.
 

            (voir carte du projet de liaison ci-jointe)

 

            Ce complément de projet aurait également l'avantage de se substituer au projet de déviation de la RD 17 qui était prévu pour desservir la zone industrielle et le port sec de Chalindrey. Il pourrait donc bénéficier d'une réaffectation de ces crédits.


 
    
Conclusion

             Le projet alternatif ici proposé répond à l'ensemble des attentes de la population et des usagers.           
             Il ne présente pas de surcoûts.
           

             Il est respectueux de l'environnement et prospectif en terme d'aménagement (revitalisation de ce territoire sud-haut-marnais avec le développement d'infrastructures de transport multimodales).                        Ce projet alternatif semble davantage correspondre à l'intérêt général que le projet autoroutier.            
            Aussi, il est souhaité que la commission l'examine de manière approfondie et préconise sa mise en oeuvre en substitution du projet autoroutier.


 

Christian Després

   
 
Christian Després © 2009
Développement www.menna-france.com